Archive pour la cat√©gorie ‘Divagations’

Alrik l’√©cuyerJeudi 11 mars 2010

Voici un texte que certains ont pu lire sur mes pr√©c√©dents blogs. Il s’agit d’un r√©cit que j’ai √©crit il y a d√©j√† quelques ann√©es, et qui raconte l’un des √©v√®nements marquants de l’enfance d’Alrik, un personnage que j’ai invent√©. C’est d’ailleurs de l√† que vient mon pseudo! Notez que je n’ai pas modifi√© le texte, il apparait ci-dessous tel que je l’avais √©crit √† l’origine. Bonne lecture!


Enfant, Alrik vivait avec ses parents et ses quelques fr√®res et sŇďurs dans un petit village de paysan. Ils n’√©taient que de simples serfs, mais leur Seigneur √©tait relativement bon et n’oppressait pas plus que de raison ses gens, si bien qu’Alrik et sa famille vivaient √† peu pr√®s d√©cemment.

Comme tous les enfants du village, Alrik adorait jouer au Chevalier, brandissant fi√®rement un b√Ęton en guise d’√©p√©e et se prot√©geant derri√®re un couvercle de marmite. Il pouvait passer des heures √† jouer ainsi, courant apr√®s ses camarades le b√Ęton tournoyant, avant de se faire charger √† son tour. Mais en grandissant, le travail ne lui laissait plus assez de temps libre pour s’adonner au jeu. Il se r√©v√©la malgr√© tout √™tre fort d√©brouillard et, √† l’√Ęge de douze ans, il se construisit un arc d’une pr√©cision incroyable pour avoir √©t√© fait par un si jeune homme! Alrik l’avait toujours sur lui, et quelquefois, il partait braconner quelque gibier pour le bonheur de sa famille.

Guerrier

Mais cette vie monotone de paysan n’allait pas durer et un tout autre destin attendait le jeune Alrik. Une guerre √©clata et tous les Seigneurs du Royaume dans lequel il vivait furent an√©antis. Priv√©s de tout commandement, les domaines s’effondr√®rent et tout le pays sombra dans un indescriptible chaos.

Suite √† ce sinistre √©pisode, le village √©tait souvent la proie des nombreuses bandes de brigands qui √©cumaient la contr√©e. Ces soudards ne cherchaient pas d’argent, les paysans n’en ayant pas, mais ils se contentaient de d√©truire et d’incendier tout ce qu’ils pouvaient, de violer les femmes et d’enlever les enfants. Rapidement, les villageois s’organis√®rent et plac√®rent des guetteurs afin de pr√©venir les √©ventuelles attaques. D√®s lors, ils pouvaient aller se cacher dans les bois proches d√®s qu’une attaque √©tait annonc√©e, si bien que les brigands se faisaient de mois en moins pr√©sents.

Ceopendant, une bande un peu plus organis√©e r√©ussit un jour √† s’approcher du village sans √©veiller la m√©fiance des gardes, et leur raid commen√ßa subitement, dans la surprise la plus totale. Les hors-la-loi d√©ferl√®rent dans le village, pillant tout. sur leur passage. Alrik et ses parents s’enferm√®rent dans leur masure, tremblant de peur. H√©las, un des brigands d√©fon√ßa la porte d’un grand coup de son √©norme hache et p√©n√©tra dans leur taudis. Alrik se blottit contre sa m√®re horrifi√©e, adoss√©e au mur, tandis que son p√®re, muni d’une fourche, s’interposa entre le colosse et eux. Dans un h√©ro√Įsme d√©sesp√©r√©, il engagea un combat perdu d’avance.

Alrik ne vit pas le coup port√©, mais il entendit le sang couler et vit avec horreur la t√™te de son p√®re rouler √† ses pieds, sous les √©clats de rire sadiques du tueur et les hurlements de terreur et de d√©sespoir de sa m√®re. Le bandit s’approcha d’eux, et d√©visagea sa m√®re d’un regard envieur. Puis il regarda Alrik, et le jeune homme soutint son regard. Le brigand lui adressa une formidable gifle qui l’envoya rouler, √† moiti√© assomm√©, √† quelques m√®tres de l√†. De ses yeux entrouvert, Alrik vit le monstre poser les mains sur le corps tremblotant de sa m√®re, arracher violemment ses v√™tements et regarder sa nudit√© d’un regard de chien affam√©. L’homme se pencha alors sur elle, abusant de son corps si pur, malgr√© ses cris d’horreur et de d√©go√Ľt. Alrik voulut r√©agir, mais il ne le pouvait, il √©tait encore √©tourdi, et n’avait aucune arme.

Il remarqua soudain qu’il n’y avait plus aucun bruit √† l’ext√©rieur, et il aper√ßut un homme sur le seuil de sa masure. C’√©tait un grand homme, qui portait une armure, un bouclier et une √©p√©e ruisselante de sang. Il suait et respirait rapidement. Il venait probablement de combattre. Un craquement de l’armure attira l’attention du brigand. Celui-ci rel√Ęcha son √©treinte et la m√®re d’Alrik tomba sur le sol, dans un √©tat proche de l’inconscience. Le brigand se releva maladroitement, ses chausses sur les chevilles, et tenta d’atteindre sa hache. Rapide comme l’√©clair, l’homme d’arme lui trancha le bras. La brigand poussa un hurlement de douleur alors que le chevalier l’achevait en lui enfon√ßant profond√©ment la pointe de son √©p√©e dans le cr√Ęne. Tandis qu’il la retirait dans une gerbe de sang, Alrik s’approcha de sa m√®re et la r√©veilla. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle aper√ßut d’abord le chevalier, puis posa sur son fils un regard plein d’espoir.

Alors elle s’adressa √† son sauveur, d’une voix encore tremblante et faible.

- Messire, vous m’avez sauvez la vie, et surtout celle de mon fils! je vous en suis infiniment reconnaissante. Demandez-moi ce que vous d√©sirez, je vous l’offre de tout coeur!

Le chevalier dévisagea alors le jeune homme, et Alrik lui rendit son regard.

- Donnez-moi votre fils, dit-il simplement, d’une voix parfaitement calme.

Cette phrase porta un grand coup √† la m√®re d’Alrik. Elle fondit en larme et s’agrippa √† son fils. Perdant toute retenue, elle se mit √† g√©mir:

- Non, pas Alrik, pas mon fils! Prenez tout ce que vous voulez, mais laissez moi mon fils!

Le chevalier tendit la main au jeune paysan. Alrik regarda cette main, puis le visage de l’homme d’arme. Un visage travaill√© par le voyage et les combats, un visage implacable et dur, mais un visage beau et attirant.

Alors Alrik se lib√©ra d√©licatement de l’√©treinte de sa m√®re et mis sa main dans celle de l’homme. Le guerrier l’aida √† se lever, puis, s’agenouillant devant la femme, il releva son visage ruisselant de larmes et lui murmura quelque chose qu’Alrik n’entendit pas, avant d’essuyer ses larmes de ses doigts et de se relever √† son tour.
L’homme d’arme posa une main protectrice et paternelle sur l’√©paule d’Alrik et ils sortirent ensemble dans les ruines fumantes du village. Tous les brigands √©taient morts. Les villageois rescap√©s se remettaient doucement de l’attaque. Alrik se retourna une derni√®re fois, et il vit sa m√®re s’effondrer sur le seuil de sa porte, un couteau ensanglant√© √† la main.

C’est ainsi qu’Alrik tourna le dos √† sa vie de simple paysan, pour suivre une nouvelle voie pleine d’aventure et de danger, dans un monde peupl√© de cr√©atures dont il ne soup√ßonnait m√™me pas l’existence. Le voici entra√ģn√© vers un incroyable destin, accompagnant un chevalier dont il ne sait rien…